Italie : Le harcèlement par mail n’existe pas

15 janvier 2013 Tics et astuces 0

Envoyer des courriels peut-il être qualifié de harcèlement ? Non, répond la Cour de cassation de Milan, car personne n’est tenu d’ouvrir un mail. Les arrêts de la Cour de cassation ayant trait aux modes de vie alimentent les débats depuis des décennies et font les choux gras des médias de masse. Certains ont marqué les mémoires et déchaîné les critiques, comme celui, datant de 1999, sur ce viol qui n’en était pas vraiment un au motif que le jean de la victime était difficile à enlever – le haut magistrat auteur du verdict devait à coup sûr être fan des “blue-jeans trop serrés” de Smorza ’e llights, la fameuse chanson de Renzo Arbore [célèbre chanteur et homme de télévision italien]. L’affaire qui nous concerne cette fois-ci a pour protagoniste un homme de 51 ans dont la condamnation pour harcèlement a été annulée au motif que c’est par mail qu’il harcelait la femme avec qui il avait eu une relation. Selon l’arrêt n° 44855 rendu le 9 novembre par la Cour de cassation, les courriers électroniques sont “privés du caractère intrusif” propre aux appels téléphoniques et aux textos. On peut décider de les supprimer sans les lire, alors qu’il est impossible d’échapper aux sonneries ou aux textos, tant sur les anciens modèles de portables que sur les smartphones. Bref, plus que de harcèlement, c’est de spam qu’il s’agit. Sans compter que les courriers électroniques font le bonheur des grands bavards, qui laissent libre cours à leur incontinence verbale. Cela dit, nous ignorons le contenu des courriels (interminables, n’en doutons pas) que cet officier de marine, un certain Giannino B., envoyait à une pauvre malheureuse qui ne voulait plus le voir. La cour d’appel de Milan l’avait condamné en février 2012 pour atteinte à la vie privée, harcèlement et intrusion dans un système informatique ; ce qui n’est pas sans rappeler le scandale Petraeus-Paula Broadwell, à petite échelle, mais passons [Paula Broadwell, la maîtresse de l’exdirecteur de la CIA, a été soupçonnée d’avoir harcelé par mail une amie de la famille Petraeus]. On imagine que la malheureuse (par sentiment de culpabilité, masochisme, inquiétude ou politesse, que sais-je ?) a lu ces messages. Au lieu de les supprimer, comme nous autres le faisons avec les faux courriels d’orphelins russes ou de veuves nigérianes, avec les promotions des parfumeries, avec les messages de certains groupes de discussion, créés à l’échelle du travail ou de l’école des enfants ( je connais des parents d’élèves si prolixes qu’ils mériteraient d’être dénoncés pour spam, et la Cour de cassation réviserait son jugement, n’en doutons pas). Ou, mieux encore, au lieu de bloquer dans les indésirables tout ce qui vient de l’expéditeur (les missives finissent dans le dossier “spams”, que l’on peut vider sans même l’ouvrir). Bien sûr, cette histoire semble d’un autre temps. Les Giannino B. peuvent aujourd’hui se livrer à leur guise au harcèlement à tout-va. Car une femme (ou un homme) moderne, quel que soit son âge, est presque à coup sûr active sur au moins deux réseaux sociaux : Facebook, Twitter, LinkedIn pour le travail, etc. Changer de numéro de téléphone (ce qui n’arrive plus qu’en cas de force majeure) ne l’aidera guère. Un harceleur motivé et à la page peut la poursuivre de mille manières, à l’aide de mille comptes fantômes et autres astuces. Même notre Cour de cassation, n’en doutons pas, aurait un mal fou à suivre le rythme.

Pour citer cette brève :
Simon Adjatan, Italie : Le harcèlement par mail n’existe pas. [En ligne : http://adjatan.org/tics-et-astuces/breve/italie-le-harcelement-par-mail-n] Consulté le 22-11-16

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