Chapitre 4 > Solutions et suggestions pour une collaboration favorable à une meilleure diffusion de l’information

- AU PLAN DES ARCHIVES ET DES ARCHIVISTES

Les Archives et les archivistes ont un grand rôle à jouer dans cette collaboration étant donné qu’ils représentent la charnière de l’ensemble des opérations. Les différentes difficultés qui pour le moment constituent un frein à la pleine diffusion de l’information sont entre autres l’état défectueux des documents, le manque de place pour les stocker, le manque de moyens financiers et humains pour leur organisation, et la formation des archivistes. Il suffirait d’un peu de volonté politique pour que des solutions soient trouvées à ces problèmes. Car les ressources financières sont disponibles et les hommes prêts. Mais il faut la volonté politique pour que tous ces facteurs se mettent en branle. Ainsi les documents dont l’état est défectueux pourront être microfilmés, afin d’éviter leur manipulation trop fréquente. La question du manque de place à la D.A.N. sera résolue à travers la finition et la livraison des bâtiments de Ouando (Porto-Novo) qui sont plus indiqués pour abriter les Archives Nationales. Un partenariat entre l’autorité publique et le CE.FO.C.I. permettrait la formation et le recrutement d’un certain nombre d’archivistes qualifiés afin que l’effectif à la D.A.N et dans les autres institutions de la place soit renforcé.

Cette formation devra tenir compte de l’apparition de nouveaux types de documents et de l’évolution actuelle de la science archivistique. Mais au delà de tous ces problèmes d’ordre interne, la collaboration proprement dite nécessite beaucoup plus d’innovations.

Tout d’abord, les archivistes doivent offrir plus de crédit aux archives à travers leur travail quotidien. Pour ce, il faudrait à part les démarches classiques, utiliser tous les moyens susceptibles de mieux faire connaître les archives. Les actions publicitaires sur les média, l’organisation d’expositions, de conférences, de débats, d’exposés au sein des Archives ou en dehors avec la participation des historiens sont des démarches de collaboration faciles à entreprendre. Il faut noter que ces manifestations pourront être programmées selon un calendrier thématique ou selon les grandes dates de l’histoire béninoise. Toujours est-il que ces séances constituent un avant-goût au public qui pourrait avoir de plus amples informations en consultant les archives. Les établissements scolaires et universitaires ont pour une grande partie un programme d’histoire nationale ayant ses preuves écrites à la D.A.N. Si des classes entières visitent des musées, pourquoi ne visiteraient-elles pas la D.A.N afin de mieux comprendre l’histoire ? Un apprenant qui aurait vu l’écriture de Louis HOUNKANRIN ou une signature du gouverneur Victor BALLOT à travers les archives se sentirait incontestablement moins loin de cette époque, mais un Béninois moyen pourra-t-il tirer profit d’écrits anciens ? Un document n’est pas qu’écrit. Il peut être aussi audiovisuel.

En effet, dans un pays de tradition orale comme le Bénin, c’est l’audiovisuel qui est le support le plus proche des habitudes des populations.

La tradition orale est « l’évocation du passé transmise et rapportée oralement qui prend naturellement corps au sein d’une culture et est façonnée par son évolution. La tradition se propage largement de bouche à oreille parmi les membres d’une même société, mais certaines personnes peuvent avoir la charge d’en assurer la conservation, la transmission, la récitation et la narration »

En Afrique noire et au Bénin en particulier, la méthode de transmission du savoir et de la culture est la tradition orale. Si bien que l’ethnologue malien Amadou Hampaté Bâ en était arrivé à dire qu’« un vieillard qui meurt en Afrique est une bibliothèque qui brûle ». La bibliothèque en Occident est un symbole du savoir. Ce savoir en Afrique, ce sont les vieillards qui l’incarnent. Mais de plus en plus, ils disparaissent de nos jours sans le transmettre. C’est pour pallier cette difficulté que l’archiviste se voit confier une nouvelle mission ; celle de participer à la création, puis de conserver et de gérer des archives audiovisuelles sur les traditions et témoignages d’histoire orale.

Il s’agit ici de recueillir des témoignages des sages sur les faits de l’histoire en utilisant des magnétophones ou des caméras afin que les vieillards n’emportent plus leur savoir dans leur tombe. L’archiviste est concerné par la création de ces archives parce qu’il a le souci d’avoir un fonds complet, de servir un public plus large. Mais dans cette mission ne risque-t-il pas de recueillir des informations fausses ou sans valeur historique ?

C’est en cela qu’il doit compter sur les historiens car « la constitution de sources d’histoire orale fiables nécessite l’étude préalable des documents instrumentaires et sélectifs et des analyses et études historiques existant afin d’organiser l’enquête de manière à obtenir des personnes interviewées des souvenirs et des réflexions dignes de foi, qui méritent d’avoir leur place dans les archives ».

L’historien, guidé par sa pratique quotidienne peut bénéficier d’un flair que l’archiviste ne possède forcément pas. Sa participation est donc utile. L’enregistrement de ces informations nécessite des moyens tels que les magnétophones et les caméras que les média pourront apporter. De plus les professionnels des média pourront être d’une grande utilité pour le déroulement des interviews afin de relancer les intervenants et à la fin pour le montage des différents éléments.

L’archiviste moderne, dans sa collaboration avec les historiens et les média, ne doit fixer aucune limite à sa mission. En plus des tâches classiques, il doit participer à la recherche historique, favoriser les émissions historiques et fixer sur support audiovisuel la tradition orale qui pourrait être consultée par le public ou diffusée sur les ondes des média. Quelle contribution les historiens peuvent-ils apporter pour favoriser une meilleure diffusion de l’information au Bénin ?

- AU PLAN DES SCIENCES HISTORIQUES

Il est facile de croire que les historiens commenceront par fréquenter les Archives dès que celles-ci assureront une permanence les jours de repos. Mais en réalité, seuls ceux qui s’y rendaient continueront de le faire. C’est dire donc qu’au-delà des heures d’ouverture de la D.AN, existe un problème de manque de volonté et de prise de conscience envers la chose archivistique.

Il est urgent que les historiens béninois apprennent à associer à leurs sources d’information les archives, et surtout qu’ils entreprennent plusieurs recherches.

En effet, en matière d’histoire, il reste tant de choses à mettre à jour, qu’on a des difficultés à comprendre le peu d’intérêt que certains historiens vouent aux recherches.

Les Archives Nationales conservent des archives allant de la période coloniale jusqu’à nos jours. Cela veut dire qu’une grande partie de l’histoire nationale y a ses preuves. Il faudrait pour l’intérêt du reste de la population avide d’informations, que les historiens se réunissent en commissions, afin d’exploiter les archives pour en faire des analyses, des commentaires susceptibles de lever un coin de voile sur cette partie de l’histoire nationale.

Si au niveau de la période précoloniale, il y a un grand vide au niveau des Archives Nationales, cela est dû au long passé de tradition orale auquel appartient le Bénin. Ce déficit pourrait être comblé par l’histoire orale qui « est habituellement définie comme une discipline consistant à recueillir, par un travail d’interrogation objectif, les souvenirs de personnes qui ont été directement mêlées à des événements appartenant au passé récent. Les documents rendant compte de ce processus d’interrogation et des réponses obtenues viennent compléter les sources historiques écrites qui se sont révélées lacunaires ».

Il s’avère donc utile que les historiens collaborent d’une part, à l’enregistrement de la tradition orale et que, d’autre part, ils en exploitent les résultats pour la reconstitution de l’histoire.

De plus, les historiens devraient multiplier leurs publications en écrivant non plus pour eux-mêmes mais, pour le public. Pour cela, il leur faut s’adapter à la demande de ce public. L’historien doit donc se poser des questions sur les liens entre ce qu’il écrit et la demande d’histoire, se soucier du lecteur, lui faciliter la tâche, éviter de l’ennuyer et enfin s’intéresser au futur lecteur. L’historien doit également s’adapter aux nouveaux média et ne peut rester passif devant l’évolution actuelle. Aussi doit-il s’appuyer sur la diversité des supports. Une grande thèse pourrait donc avoir son édition scientifique, sa version « grand public », sa version « livre de poche » qui élargira notamment le lectorat et touchera des lecteurs plus jeunes, plus disponibles et dans certains cas, donner naissance à une émission radiodiffusée ou télévisée, un documentaire, un film historique ou même un site web.
Les historiens, après consultation des archives et recueils de la tradition orale, pourront se révéler d’excellents conseillers historiques de films et d’éditoriaux.

Le Département d’Histoire et d’Archéologie de l’UNB pourrait aussi recenser les thèmes de recherche par centre d’intérêt des historiens, élaborer un ouvrage de référence. L’on pourrait s’y référer pour l’organisation d’émissions thématiques avec une facilité pour contacter chaque spécialiste.

L’historien par ces différentes propositions peut établir une pleine collaboration avec les archivistes et les professionnels des média. Quelle doit être la part de collaboration de ces derniers ?

- AU PLAN DES MEDIA

Tout comme les Archives et l’Histoire, les Média ont besoin d’un toilettage interne pour faire face aux exigences de la collaboration.

Ici plus qu’ailleurs, il faut défier la difficulté de la disparité et de la dispersion des différents éléments constituant les média. En effet, presse écrite, radiodiffusion, télévision et N.T.I.C. forment déjà un ensemble assez hétéroclyte. Lorsque l’on y ajoute la différence entre organes d’Etat et organes privés, il est légitime de craindre une malcompréhension quant à la déontologie du métier.

Barthélémy ASSOGBA CAKPO du journal ’’ La Croix du Bénin ’’ écrivait dans sa préface au ’’ Guide du journaliste débutant ’’ de H. NOUDEHOU : « Consigner les faits de l’histoire à mesure qu’ils se produisent est une tâche passionnante. A cette époque où les communications de masse sont quasi instantanées, les spécialistes de mass média font plus que consigner les faits. Ils concourent à façonner l’histoire ». Cela vient confirmer l’assertion selon laquelle le journaliste est un historien du quotidien. Mais la façon dont le journaliste béninois aborde l’histoire aujourd’hui manque encore de précision.

Les média doivent prendre conscience de leur pouvoir de diffusion de l’information et le mettre au service des Archives et des sciences historiques.
Pour ce faire, il leur faut revoir l’ensemble de leurs programmes. Dans le cas de la presse écrite, les tendances actuelles sont l’actualité nationale et internationale, la politique, l’économie, le sport, la culture (musique, théâtre et éventuellement l’histoire), les faits divers et les divertissements.

L’histoire est quasi absente dans la presse béninoise et par voie de fait n’a pas un lectorat déterminé et fidélisé. Il importe ici que toutes les rédactions réfléchissent sur ce déficit et le corrigent. A défaut d’avoir des plumes capables de faire des chroniques d’histoire, des éphémérides ou de simples articles de présentation, ces rédactions pourraient faire appel aux historiens ou aux archivistes qui à défaut d’animer des rubriques d’histoire pourraient donner toutes sortes de conseils. L’important est qu’ils soient cités à la fin de l’article afin que les lecteurs désireux d’en savoir plus s’adressent à eux. Ils y gagneront en crédibilité vis-à-vis du grand public.

Il en est de même pour la presse parlée dont la grille des programmes ne tient plus compte de l’histoire. Actualité nationale et internationale, magazines culturels et sportifs, films et musique constituent les grandes lignes de l’audiovisuel au Bénin. Le cas de Radio-Bénin, la chaîne nationale est moins grave avec une émission hebdomadaire sur l’histoire. "Mémoire d’un continent ’’ du professeur Elikia MBOKOLO. Malheureusement, cette émission est réalisée depuis les studios du service magazine de la R.F.I.

Il est donc clair qu’au niveau de l’audiovisuel, il serait très utile de revoir l’ensemble des grilles et d’insérer des émissions propres à l’histoire. Et là, les bandes enregistrées dans le cadre du recueil de la tradition orale auront toute leur utilité. Les archives sur support papier joueront leur rôle à travers les explications et des analyses basées sur leur consultation.

L’audiovisuel devrait aussi exploiter le côté ludique des films et théâtres radiodiffusés ou télévisés. Les spécialistes pourront écrire des scripts à partir des archives ou des vestiges et en faire des productions audiovisuelles. A une échelle plus grande, le cinéma aussi peut se prêter à de telles adaptations.

Par ailleurs, le journalisme d’investigation est à encourager car il permet de procéder à une recherche documentaire et de mener de diverses enquêtes. Ces enquêtes pourront le conduire vers les historiens et les archivistes. Les média se chargeront de couvrir tous les événements ayant trait à l’histoire et à l’archivistique (par le biais d’expositions, de conférences, de séminaires...). De même, leurs archives seront accueillies dans une cellule bandothèque qui sera créée à la D.A.N. Elles y seront traitées, conservées et communiquées selon les règles de communication définies aux articles 25, 26, 27, 28 et 29 du Décret N°90-384 du 4 décembre 1990 portant attributions, organisation et fonctionnement des Archives Nationales.

Les archivistes, les historiens et les spécialistes des média pourraient se réunir afin de concevoir des sites web sur Internet qui seront, au plan national et international, la vitrine de la pratique archivistique, de l’histoire et de l’information qui en dérive au Bénin. La solution du DC-MEF pour stocker et diffuser ces informations viendrait aussi à point nommé.

C’est à travers ces changements que la collaboration Archives - Histoire - Média pourra s’illustrer au Bénin. Mais il faut d’abord que se manifeste la volonté politique car toutes les opérations nécessitent des moyens financiers. Quant à l’entente entre ces trois corps de métier, elle devrait se matérialiser au sein du Conseil National des Archives (C.N.A) dont sont membres entre autres le Directeur des Archives Nationales, le chef du Département d’Histoire et d’Archéologie de l’UNB et un représentant de l’Association des Journalistes du Bénin (A.J.B). Mais malheureusement, ce Conseil n’existe que de nom alors que pour une efficace collaboration, il serait utile qu’il fonctionne effectivement.

467 visites depuis le 24 mars 2008. Pour citer cet article :
Simon Florentin Adjatan, Chapitre 4 > Solutions et suggestions pour une collaboration favorable à une meilleure diffusion de l’information. [En ligne : http://adjatan.org/publications/les-archives-l-histoire-et-les-medias-quelle/chaptire4-solutions-suggestions] Consulté le 06-12-16