Chapitre 3 > La collaboration

- L’archivistique au service de l’histoire et de l’historien

« Sans archives, il n’y a pas d’histoire », disait Aegidius FAUTEUX. Avant le XIXè siècle, la collaboration archives - histoire n’était pas possible car les archives n’étaient alors accessibles qu’aux privilégiés et propriétaires d’archives. Les historiens européens étaient intéressés par les documents originaux pas pour les recopier ou les résumer, mais pour les critiquer. S’en était suivi une sorte de conflit entre les historiens soucieux d’accéder aux archives et les possesseurs d’archives, rendus méfiants par les objectifs que poursuivaient les premiers.

Cependant, la révolution française de 1889 et le progrès des études historiques ont fini par provoquer dans tous les pays d’Europe et de culture européenne, une ouverture progressive des dépôts d’archives.

Ainsi des études faites par les professeurs Géoffroy BARRACLOUCH et M. ROPER, il ressort ce qui suit :

La recherche historique actuelle se distingue par :

- un penchant de plus en plus accru pour l’histoire récente et même très récente.

- Un intérêt croissant pour les sujets portant sur l’histoire économique et sociale.

- Une extension de la recherche historique à d’autres secteurs (histoire des mœurs, des mentalités, de l’alimentation, etc...) qui interrogent de façon nouvelle les sources traditionnelles.

- Une introduction dans le travail de la recherche historique des méthodes d’analyses quantitatives et d’échantillonnage statistique qui impliquent le recours au dépouillement systématique de vastes quantités de documents sériels tels que les livres de comptes, registres d’Etat-Civil, d’impôts et autres.

- Il y a enfin la nouvelle organisation professionnelle de la recherche historique qui implique le travail en équipe, généralement des étudiants sous la direction d’un professeur dont les travaux permettent la constitution des bases de données numériques qui sont la caractéristique de l’histoire quantitative et qui accroissent la consultation spectaculaire des documents d’archives.

Ces études réalisées depuis une quarantaine d’années, en même temps qu’elles révèlent les nouveaux principes de la recherche historique, nous font toucher du doigt la nécessité de la collaboration Archives - Histoire qui malheureusement connaît un épanouissement variant d’un pays à un autre.

- L’Histoire dans la grille des média

On dit souvent des journalistes qu’ils sont les historiens du quotidien, du présent. Mais cela suffit-il pour dire que l’histoire est présente dans la grille des média au Bénin ?

Il importe de rappeler ce qu’est l’histoire. Elle est une science sociale ayant pour objet à la fois l’étude et l’analyse des grandes tendances de l’évolution de l’humanité. Or l’évolution de l’humanité va de la première apparition de l’homme sur terre jusqu’à nos jours. Aussi peut-on parler de l’histoire ancienne pour désigner l’étude des faits très anciens et de l’histoire récente ou contemporaine pour les faits appartenant à notre époque. Les hommes de média en général et les journalistes en particulier, dans l’exercice de leur profession, peuvent appartenir à l’histoire récente. En effet, les bulletins d’information, les débats sur les sujets d’actualité, les chroniques, les magazines, les articles constituent des pages de l’histoire récente, de l’histoire au quotidien ou plus simplement de l’actualité. Il est donc évident que les média, rien que par leur fonctionnement, se consacrent à l’histoire. Ou tout au moins à l’histoire récente. Mais qu’en est-il de l’histoire ancienne ?

Sans histoire, un peuple est sans âme. En tant que science de la connaissance du passé, l’histoire s’appuie sur des documents et qui dit document dit preuve. Afin de savoir ce qui s’est passé dès l’origine du monde jusqu’à nos jours, et de transmettre ces connaissances aux générations suivantes, les hommes ont procédé à des fouilles archéologiques, à des déductions, à des analyses et à des recherches. Les peuples qui se sont vite dotés de l’écriture ont pu matérialiser leurs recherches. Certains se sont contentés au fil des siècles de les transmettre de génération en génération grâce à la tradition orale. Pour cette dernière catégorie, il est difficile de vérifier l’authenticité des récits mais il est certain qu’à force de circuler de génération en génération, ils finissent par se dénaturer.

Heureusement que de nos jours, il y a des historiens qui de par leur formation et leurs investigations personnelles, constituent de véritables sources d’informations. Mais ces informations, le plus souvent détenues par cette élite sont susceptibles d’intéresser le grand public. Or quel cheminement peuvent suivre les informations de l’historien - chercheur jusqu’au grand public ?

Il n’y a pas si longtemps en Afrique, les différents modes de diffusion de l’information se limitaient au griot, au tam-tam, au messager et surtout à la communication directe de bouche à oreille. Mais depuis lors, l’Afrique a été conquise par les nouveaux moyens de communication de masse, appelés mass-média. Derniers nés des média, l’Internet et le disque optique également regroupés sous l’appellation de ’’nouvelles technologies de l’information et de la communication ’’ sont venus compléter la liste juste après la presse écrite, la radio, la télévision et le cinéma. Comme le dit l’adage, c’est au bout de l’ancienne corde qu’il faut tisser la nouvelle. Cela veut dire qu’il nous faut continuellement consulter le passé pour mener à bien nos activités présentes.

Il a pour ainsi dire besoin de connaître l’histoire de son pays afin de poser des actes responsables pour le futur. D’où l’importance que l’histoire se serve des média pour parvenir à tout individu désireux de s’instruire.

Ailleurs cette collaboration se fait ressentir de façon plus accentuée qu’ au Bénin. Par exemple en France, la Radio France International (RFI) a prévu dans sa grille, plusieurs émissions historiques dont les Ephémérides, ’’Mémoire d’un continent ’’ du professeur Elikia MBOKOLO, ’’ Archives d’Afrique ’’ d’Alain FOKA et beaucoup d’autres magazines consacrés à l’histoire. Dans la presse européenne et américaine, les chroniques d’histoire et les articles portant sur l’histoire foisonnent. Le propre de la télévision est de montrer ce que la radiodiffusion a annoncé et que la presse écrite a expliqué. Les chaînes de télévision étrangères ont compris cela depuis longtemps et l’appliquent à l’histoire. La composition électronique de l’image, ajoutée au savoir des historiens donne naissance à des œuvres d’une grande valeur historique. Le cinéma n’est pas du reste ; à travers la fiction, il reconstitue souvent (fort heureusement !) une bonne partie de l’histoire. Le monde entier se souviendra toujours de la Deuxième Guerre Mondiale. Elle est inscrite dans la quasi totalité des programmes scolaires en histoire. Mais y a-t-il meilleure manière d’expliquer le débarquement des Alliés en Normandie, le 06 juin 1944 que de projeter l’œuvre cinématographique ’’ Le jour le plus long ’’ de Darryl ZANUCK ?

Les nouvelles technologies de l’information et de la communication viennent enfin immortaliser l’histoire à travers pages Web, discussions, forums et DC-MEF. Dans cette dernière catégorie, on peut citer le DC-MEF présentant la biographie complète de tous les chefs d’Etat français, photos à l’appui : ’’L’Elysée’’.

- Mais qu’en est-il au Bénin ?

L’histoire est également présente dans la grille des média. Les historiens béninois participent de temps à autres à des émissions radiodiffusées ou télévisées, mais n’ont en général pas une tribune propre. L’émission ’’ Contact Magazine ’’ de Pelu Christophe DIOGO, journaliste à Radio - Bénin (ORTB) sert de façon sporadique à parler de l’histoire sociale et religieuse. Sur cette radio, qui quand-même est la nationale, la seule émission véritablement historique demeure ’’ Mémoire d’un Continent ’’ du professeur Elikia MBOKOLO ; une émission qui, rappelons-le, provient du Service magazines de Radio France International (R.F.I). La remarque est également frappante à la télévision et dans la presse écrite où l’histoire n’a qu’une place dérisoire dans les programmations. C’est à se demander de quoi se compose la grille des média au Bénin. Heureusement que dans la présentation du Bénin sur Internet, il existe un lien vers l’histoire du Bénin. Et pourtant, tous les historiens et les journalistes sont unanimes pour reconnaître que la collaboration entre eux devrait être étroite.

Ne réservant pas une place de choix à l’histoire, dont les archives sont les pièces à conviction, les média sont-ils susceptibles d’exploiter les archives comme sources d’information documentaire ?

- Les archives comme sources d’information documentaire des média.

Les média sont semblables aux usines en cela que leur fonctionnement nécessite l’apport quotidien de matières premières. Mais si dans le cas des usines, la matière première est surtout matérielle, au niveau des média, elle se présente sous la forme de l’information.

En effet, en tant que moyen de communication dont l’objectif est de diffuser les informations vers un grand public, les média ont besoin de s’informer avant d’informer à leur tour.

Au niveau de la presse parlée et écrite, il y a tout un éventail de sources d’information dont les enquêtes, les agences, les reportages, les duplex, les dépêches, les monographies, les témoignages et les archives. Le cinéma et les nouvelles technologies de l’information et de la communication ont à peu de choses près, les mêmes sources d’information. Cependant, dans le cas du cinéma, l’on se sert de la fiction pour évoquer la réalité ; pour ce qui concerne les nouvelles technologies de l’information et de la communication, les discussions par exemple sont essentiellement faites d’opinions diverses.

Il est clair que les média, pour fonctionner, ont besoin de s’informer. Quelle contribution peuvent apporter les archives aux média ?

Partant du principe selon lequel les documents produits ou reçus par l’administration ont trois âges à savoir l’âge administratif, l’âge intermédiaire et l’âge historique, il faut dire que les média consultent les archives à tous ces âges.

- L’âge administratif

A cet âge correspondent les archives vivantes ou chaudes. Les média, rien que par leur fonctionnement, engendrent des archives qui ne sont pas automatiquement classées et oubliées. Il est fréquent dans l’audiovisuel de voir des éléments sonores servir dans plusieurs éditions du journal ou dans plusieurs émissions de la grille. Dans le cas de la Radio Nationale du Bénin, les dossiers dont est composé le journal de 20 heures 30 minutes demeurent les mêmes pour le journal parlé de 22 heures 15 minutes et pour celui du lendemain matin à 7 heures 15 minutes.

Dans le cas de la presse écrite, tant qu’un événement dure et continue d’attirer l’attention du public, son dossier est exploité et vient renforcer l’évolution quotidienne du fait. Les rédacteurs, par ailleurs se lisent mutuellement afin d’être à même d’écrire sur le même sujet. Mais dès que l’événement prend fin, le dossier est classé momentanément : c’est l’âge intermédiaire

- L’âge intermédiaire

Que ce soit les documents écrits ou les documents audiovisuels, une fois l’exclusivité passée, l’on les range momentanément. Ce sont des archives semi-actives ou tièdes. Il suffira d’un rebondissement dans l’affaire pour que ces documents soient de nouveau consultés. Dans le cas échéant, ils peuvent servir pour les éphémérides ou pour les revues sporadiques des événements. Au Bénin, les archives élaborées par les média n’atteignent pas l’âge historique, étant donné que la Direction des Archives Nationales où elles devraient être définitivement versées, n’arrive plus à les recevoir, faute de place. Mais à défaut de cela, elle gère les archives datant de la période coloniale jusqu’à nos jours. Ce qui veut dire que la majeure partie de l’histoire écrite du pays y est conservée. Et pourtant plusieurs Béninois continuent d’ignorer tout ou partie de l’histoire béninoise.

« L’information, c’est l’histoire en coup de vent » écrivait Barthélémy ASSOGBA CAKPO dans sa préface au Guide du journaliste débutant. Informer, c’est donc faire de l’histoire. Si l’histoire, c’est la science qui, basée sur le document, s’attèle à la reconstitution du passé humain, les archives deviennent incontournables pour quiconque veut faire de l’histoire.

Au Bénin, les professionnels des média, lorsqu’ils sont sur un dossier, ne remontent pas suffisamment dans le temps, afin de faire des analyses qui se suffiraient à elles seules. Les auditeurs, les téléspectateurs ou les lecteurs sont souvent dans l’obligation de faire des efforts de mémoire afin d’établir les liens entre tel événement ou tel autre. Ailleurs, l’on y consacre tout un dossier.

En définitive, les professionnels des média pour la plupart, ne consultent que leurs propres archives, celles de leurs institutions et les collections de journaux réalisées par ces dernières. Ce qui est peu et entraîne des fois, la publication d’informations basées sur la rumeur ou des témoignages non vérifiés.

418 visites depuis le 24 mars 2008. Pour citer cet article :
Simon Florentin Adjatan, Chapitre 3 > La collaboration . [En ligne : http://adjatan.org/publications/les-archives-l-histoire-et-les-medias-quelle/Chapitre-3-La-collaboration] Consulté le 06-12-16