Le Simputer

6 juillet 2004 Lectures 0

Face au réel problème que constitue la fracture numérique et dont les plus graves effets sont à venir, certains ont décidé de retrousser leurs manches afin de la combattre. Les sept parrains du Simputer sont de ce nombre.

La petite histoire du Simputer débute en octobre 1998 à Bengalore (Inde, cité très technophile) à l’occasion d’un séminaire international portant sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) dans les pays en voie de développement (PVD). De ce séminaire émerge la nécessité de donner accès aux masses aux NTIC sur la base d’un appareil de faible prix. Une liste de caractéristiques nécessaires à l’appareil pour répondre aux besoins des masses est établie et le nom du futur " ordinateur des pauvres " est déterminé : Simputer
(contraction des termes anglais " simple " et " computer ", littéralement " ordinateur simple ").

Après plus de trois ans, qu’est devenue l’idée ? Elle est passée du monde de l’abstrait et de l’idéal à celui du concret et du réel. En effet, le Simputer a été présenté le 25 avril 2001 à Bengalore, capitale de l’Etat du Karnataka et de la " Silicon Valley " indienne. Fruit de la recherche de quatre chercheurs de l’Institut indien de la science de Bengalore et de trois autres de la compagnie privée indienne Encore Software Ltd, le Simputer en est donc rendu à l’ultime étape, celle de la commercialisation. Mais quel est donc exactement ce produit auquel le Simputer Trust (organisme à but non lucratif chargé de la promotion du Simputer) espère trouver des mécènes pour le fabriquer et le commercialiser ?

Le Simputer se présente sous les traits d’un agenda électronique, du point de vue de la taille du moins (il tient dans la main). Evidemment, c’est bien plus qu’un simple agenda électronique. Le Simputer, c’est un écran 320 x 240, 32 MHz de mémoire vive, le système d’exploitation Linux, un lecteur de cartes à puce, une interface à la fois visuelle, tactile et audio, une alimentation par trois piles AAA ordinaires ainsi qu’une prise de téléphone permettant l’accès à Internet ! En clair, c’est un ordinateur de poche ayant toutes les caractéristiques essentielles pour naviguer sur Internet, ne nécessitant pas l’accès à l’électricité pour son utilisation, et ce, pour la modique somme d’environs 200$ américains. C’est donc dire qu’il a été conçu pour se propager parmi les couches de la population les plus pauvres du monde . Toutefois, même à un prix comparable à celui d’un magnétoscope, le Simputer est encore trop cher pour atteindre son but de devenir une plate-forme de changement social. C’est là qu’entre en jeu l’originalité du Simputer, son lecteur de carte à puce.

Le lecteur de carte à puces du Simputer permettra l’utilisation partagée de celui-ci. Le système est simple, mais efficace : chaque individu du groupe ayant accès au Simputer possédera une carte à puce (SmartCard) personnalisant l’utilisation qu’il en fera. De la même manière, une carte bancaire permet de retirer de l’argent de son compte personnel et d’aucun autre. Concrètement, une communauté rurale pourrait posséder un Simputer dont l’accès serait donné à tous les possesseurs d’une SmartCard contenant les informations minimales requises à la connection personnalisée à un serveur communautaire gardant en mémoire les données personnelles de chaque utilisateur. C’est ce qui fait dire à Vinay Deshpande, un des concepteurs du Simputer, que " la carte à puce, qui sera personnelle, permettra à l’utilisateur -qui éventuellement, utilisera l’appareil pour un temps donné- d’interroger sa banque, de faire des démarches administratives, d’obtenir des informations sur les marchés, etc. " Il faut donc comprendre de ce mode de fonctionnement qu’il n’est pas voué à l’utilisation du Simputer comme un objet de loisir, mais bien comme permettant l’accès des masses à l’essentiel (au sens de strict nécessaire) des NTIC.

Le coût n’est toutefois pas le seul obstacle à la massification d’un appareil, il y a aussi sa complexité, donc es compétences que celui-ci présuppose. Une des toutes premières compétences requises pour l’utilisation d’un ordinateur personnel conventionnel est la faculté à savoir lire et écrire. Or, on sait qu’à l’intérieur des couches les plus pauvres de la population, le taux d’alphabétisation n’est toujours pas très élevé. Le génie des sept parrains du Simputer a donc été de concevoir un terminal " parlant " les différentes langues pratiquées en Inde ! Du fait des millions d’analphabètes indiens, une interface tactile et audio poussée a été développée, ce qui en plus de permettre l’accès au Simputer par les analphabètes, abaisse le niveau global de complexité du Simputer. D’une pierre deux coups !

Devant une telle initiative, on ne peut qu’espérer que le Simputer sera un éclatant succès et, surtout, qu’il accomplira pleinement la mission pour laquelle il a été conçu, réduire la fracture numérique entre le Nord et le Sud. On peut aussi imaginer que le concept pourrait être appliqué aux pays industrialisés, afin de réduire la fracture plus subtile, mais tout aussi présente, à l’intérieur même de ces pays.
Site officiel :http://www.simputer.org/


Voir en ligne : Les Enjeux de la Société de l’Information

Pour citer cette brève :
Simon Adjatan, Le Simputer. [En ligne : http://adjatan.org/lectures/Le-Simputer] Consulté le 03-12-16

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