Chroniques de l’oiseau à ressort ( Haruki Murakami )

31 juillet 2006 par Simon Florentin Adjatan Lectures 0

Toru Okada, jeune japonais, la trentaine, abandonne son emploi du jour au lendemain pour se consacrer aux tâches domestiques durant la journée, en attendant le retour de sa femme, Kumiko. Un jour, alors qu’il se fait cuire des pâtes, le téléphone sonne, et une voix féminine lui demande dix minutes de conversation afin de mieux se comprendre... Mais au bout de quelques minutes, il raccrocha le téléphone, dégouté pas les propos de son interlocutrice... En voilà bien une autre ! Entre temps le chat à la queue tordue avait disparu. A partir de cet instant, petit à petit, toute la vie de Toru Okada va basculer, comme dans un univers parallèle, sans jamais lâcher totalement prise avec la vraisemblance, tout en s’éloignant concentriquement...

C’est littéralement envoûtant. Ça foisonne de mille histoires tissées les unes dans les autres, dans des registres très différents. Tantôt c’est Toru qui s’adresse au lecteur, tantôt c’est May Kasahara qui écrit une lettre ou le Lieutenant Mamiya qui se souvient en détails de faits vécus depuis longtemps pendant la guerre. De ces chroniques, on ne peut, en fin de lecture, tenir une clef mettant fin aux nombreuses énigmes décrites. 842 pages, et quand c’est fini, l’on se demande si le livre ne continue pas quelque part...

Personnages principaux

Ils sont très nombreux, mais voici les plus importants :

- Toru Okada : Le narrateur. Il est un jeune homme passif habitant dans la banlieue de Tokyo. Il est le mari de Kumiko, et se laisse dicter sa conduite par les autres.
- Kumiko Okada : épouse de Toru. Plus autonome que son mari.
- Noboru Wataya : Frère aîné de Kumiko, c’est l’homme qui sait se servir des médias. Il est très apprécié du public mais laisse Toru indifférent.
- May Kasahara : May est une jeune fille qui devrait être à l’école, mais qui, par choix, n’y est pas. Toru et May ont beaucoup échangé dans le roman et quand May est absente elle adresse à Toru des lettres qui ne parviennent jamais à ce dernier, même si le lecteur arrive à les lire. Ils ont souvent des conversations bizarres qui tournent autour de la mort et de la dégradation de la vie humaine.
- Malta Kano : Un sorte de médium ayant changé de nom après quelques années de vie austère sur l’île de Malte.
- Creta Kano : La jeune sœur de Malta. Elle se décrit comme étant une « prostituée de l’esprit. » Fâcheusement, pour Toru, Creta a un visage et une figure presque identiques à Kumiko.

L’auteur : Haruki Murakami

Né à Kyōto le 12 janvier 1949, Haruki Murakami est un écrivain japonais contemporain. Son premier roman est publié au Japon en 1979 et rencontre du succès tout comme ceux qui suivront.

Son plus grand succès est La Ballade de l’impossible (1987), vendu à plus de 4 millions d’exemplaires au Japon. Il partit vivre au États-Unis et fut employé à l’université de Princeton (patrie de Scott Fitzgerald) comme professeur de littérature, puis revint vivre au Japon en 1995.

Murakami Haruki est également traducteur en japonais de plusieurs écrivains anglo-saxons (parmi lesquels on peut citer Scott Fitzgerald, John Irving ou encore Raymond Carver à propos de qui il dit en 1987 à la mort de ce dernier : "Raymond Carver a été sans le moindre doute, le professeur le plus important de mon existence ainsi que mon plus grand ami en littérature". Murakami est aussi un grand fan de Jazz.

Ses écrits (romans ou nouvelles) sont fréquemment fantastiques, ancrés dans une quotidienneté qui, subtilement, sort des rails de la normalité. Ayant vécu dans le sud de l’Europe (Grèce, Italie) puis aux États-Unis, l’influence occidentale est assez perceptible dans ses œuvres. Cela fait de lui un écrivain plus abordable pour les occidentaux que ne le sont d’ordinaire les écrivains japonais.

Une légende prétend que c’est en regardant un match de baseball (sport très populaire au Japon) que Murukami a eu l’idée d’écrire son premier roman : Écoute la voix du vent.

Les ouvrages de Murakami révèlent une forme de surréalisme très rafraîchissante, qui en se basant sur une mélancolique banalité quotidienne, arrivent à former des récits originaux. On retrouve des personnages étonnants tels que l’Homme Mouton au fil de ses romans. L’âme humaine y est décortiquée, dans ses recoins parfois les plus intimes de façon à ce que le lecteur soit emporté pour un voyage en lui même, mais dans un cadre parfois loufoque.

La mélancolie de Murakami et ses analyses sociales en demi teinte rappellent parfois un certain nombre de noms de la littérature nippone, tels que Soseki. On y retrouve de longues pensées d’êtres tiraillés abordant l’existence avec parfois une certaine anxiété.

Bibliographie partielle

(titres en français, dates de parution au Japon voire en France et éventuels prix reçus)

- La trilogie du Rat :

  • Écoute la voix du vent - 風の歌を聴け (Kaze no uta wo kike), 1979, (Prix Gunzo))
  • Pinball 1973 - 1973年のピンボール (1973-nen no pinbōru) (1980)
  • la Course au mouton sauvage - 羊をめぐる冒険 (Hitsuji wo meguru bōken) (1982, prix Nomâ)

- la Fin des temps - 世界の終わりとハードボイルド・ワンダーランド (Sekai no owari to hâdoboirudo wandārando) (1985, prix Tanizaki ; en Français 1992, Le Seuil)
- Danse, danse, danse - ダンス・ダンス・ダンス (Dansu dansu dansu) (1988) - Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil - 国境の南、太陽の西 (Kokkyō no minami, taiyō no nishi) (1992) (en Français : 1995 10/18 n°3499)
- L’éléphant s’évapore (recueil de nouvelles) - 象の消滅 (Zō no shōmetsu) (en Français 1998, Le Seuil)
- Chroniques de l’oiseau à ressort - ねじまき鳥クロニクル (Nejimaki-dori kuronikuru) (1994 et 1995)
- la Ballade de l’impossible - ノルウェイの森 (Noruwei no mori) (1987) (en Français 1994, Le Seuil)
- les Amants du Spoutnik - プートニクの恋人 (Spūtoniku no koibito) (1999) (Belfond 2003 et 10/18 n°3684)
- Après le tremblement de terre - 神の子どもたちはみな踊る (Kami no kodomo-tachi wa mina odoru) (2002) (Édition 10/18 n°3379, 2002) (Le titre original signifie : Tous les enfants de Dieu savent danser, titre de la troisième nouvelle du recueil qui en compte six)
- Kafka sur le rivage - 海辺のカフカ (Umibe no Kafuka) (Septembre 2002 pour la version japonaise. Janvier 2006 pour la version française).

5363 visites depuis le 31 juillet 2006. Pour citer cet article :
Simon Florentin Adjatan, Chroniques de l’oiseau à ressort ( Haruki Murakami ). [En ligne : http://adjatan.org/lectures/Chroniques-de-l-oiseau-a-ressort] Consulté le 03-12-16