Nait-on bon communicateur, ou le devient-on ?

8 juin 2012 par Simon Florentin Adjatan Blog 1

Les affirmations communes prêtent à penser qu’il existerait des êtres humains spontanément bons communicateurs, orateurs habiles, fins négociateurs et d’autres, bien entendu plus nombreux, qui ne seraient pas doués pour la communication. Nait-on bon communicateur, ou le devient-on ?

Parmi les compétences les plus précieuses que l’on puisse posséder, figure assurément l’aptitude à la communication, la bonne. De façon générale, l’on a du mal à voir et accepter nos aptitudes, notre habileté à pouvoir exécuter certaines tâches, si à côté, nous ne sommes pas assez bon communicateur. En plus clair, nos autres compétences ne sont pas jugées à leur juste valeur si nous ne sommes pas bon communicateur. D’où le caractère précieux de la communication. Pourquoi certaines personnes peuvent-elles mieux communiquer que d’autres ? Sont-elles nées avec des aptitudes de bons communicateurs, ou ont-elles acquis cette compétence par le biais de l’apprentissage, de l’éducation et de la pratique ?

Communiquer consiste à se mettre en relation avec autrui afin de lui transmettre quelque chose. Cela suppose une convention comprise de chacune des parties. Bien communiquer relève encore d’une autre sphère. Si nous essayons de jeter un regard philosophique et anthropologique sur l’entité humaine, nous pourrions mieux arriver à comprendre. Prenons l’exemple des compétences animales. Elles font partie de l’animal, étaient les mêmes il y a plusieurs millénaires, resteront les mêmes dans les siècles à venir, et demeureront en l’animal d’un bout à l’autre de sa vie, sans se dégrader, sans évoluer. De façon concrète, une abeille a toujours fait sa ruche de la même manière, peu importe l’époque, la situation géographique, ou l’individualité de l’abeille. Il en sera de même pour tisserin dans la façon de faire son nid.

Dans le cas de l’homme, en est-il pareil ? La réponse ici sera non. L’homme a développé des compétences à travers les âges. De mangeur de crudités, il a appris à cuire ses repas en découvrant le feu. D’être nu, il a pris à s’habiller en découvrant les vêtements. D’homme des grottes, il a appris à se loger en découvrant l’art de la construction. Les hommes ne gardent donc pas la constance que l’on observe dans le règne animal. Ils apprennent, ils changent, ils évoluent.

Pour en revenir à notre situation, que donnerait une expérience du type « partir sans a priori » ? Imaginons un enfant supposé posséder des compétences de bon orateur, de bon communicateur, de bon négociateur. A sa naissance, enlevons-le de son cadre familial, du commerce des hommes, et laissons-le découvrir la vie au milieu d’une troupe quelconque d’animaux en milieu sauvage. Il saura émettre le cri de ces animaux, dormir comme eux, se déplacer comme eux, vivre comme eux. Mais ne deviendra assurément pas le bon communicateur que nous aurions voulu en faire. Pourquoi ? Parce qu’il n’aura pas appris les codes de langage, les codes gestuels, les codes de silence propres aux humains, qu’il faudrait parfaire à un niveau individuel afin de devenir un bon communicateur.

Nous ne rejetons pas la théorie du talent. Mais la communication est n’est pas un talent avec lequel l’on nait. Elle s’acquiert, se travaille et s’entretient. Pouvoir écouter autrui, voilà où commence la communication. Et pour le cela, il faut apprendre à parler sa langue et à l’entendre. Le premier acte de communication comporte donc un apprentissage. Pouvoir interpréter la gestuelle de son interlocuteur est un acte important de communication qui nécessite un apprentissage. Personnellement, j’ai récemment vécu une situation qui mériterait d’être examinée et qui concerne la gestuelle. Invité à animer une session devant un public multiculturel, j’ai failli perdre le fil de mon sujet, à cause de la tête de l’un des participants ; ce participant était au premier rang, et à chacune de me phrases, tournait la tête de gauche à droite. J’avais beau savoir que dans certains pays asiatiques, c’était signe d’approbation, mais cela m’avait longtemps déséquilibré, car j’y voyais un rejet de tous mes arguments. Il m’avait fallu un apprentissage in situ pour finir mon propos. Pour pouvoir communiquer avec les gens, il faut être avec eux et en eux. Quelque part dans notre subconscient, existe l’aptitude à communiquer. Semblable chez tous les êtres. Ceux qui arrivent à l’exploiter sont les rares personnes à rompre avec la tendance à faire les choses comme on les voit autour de soi, à puiser en soi afin de faire la différence. Dès lors, l’on peut trier par l’observation, les nuisances observées dans la communication chez les autres, et se faire le leitmotiv de plus jamais les répéter soi-même. Exercice assez difficile mais humainement faisable !

Les éléments clefs de ce genre d’exercice, c’est de l’appliquer à un domaine qui nous intéresse ! Prenons les meilleurs orateurs de tous les temps, de la trempe Malcom X, Martin Luther King, Hitler etc. La principale raison pour laquelle ils étaient de bons orateurs est qu’ils étaient passionnés par ce qu’ils défendaient. Pour exceller dans l’art oratoire, il importe donc d’avoir un intérêt sincère dans ce que l’on veut exprimer, ou le cas échéant, montrer un sincère intérêt dans ce qu’autrui veut nous dire. Un bon communicateur doit également poser les bonnes questions afin de s’assurer une bonne compréhension, mais aussi de montrer à autrui son intérêt pour le sujet débattu. Il doit mettre les autres au centre du débat, avoir une bonne mémoire et connaitre autant de détails que possible sur une question. Tous ces cas de figure nécessitent ostentatoirement un apprentissage, un processus et ne peuvent en aucun cas être imputés à un quelconque comportement inné.
De ce qui précède, nous pourrions retenir qu’il n’est pas juste de penser que certains seraient spontanément de bons communicateur, orateurs habiles, fin négociateurs et que d’autres ne seraient pas doués pour communication. Chacun communique, d’autres communiquent mieux, mais il n’y a guère de « génération spontanée » de bons communicateurs. On ne nait pas bon communicateur, on le devient. A force d’apprentissage et de pratique.

Simon F. Adjatan

684 visites depuis le 8 juin 2012. Pour citer cet article :
Simon Florentin Adjatan, Nait-on bon communicateur, ou le devient-on ?. [En ligne : http://adjatan.org/blog/article/nait-on-bon-communicateur-ou-le] Consulté le 06-12-16

Vos commentaires

  • Le 30 décembre 2012 à 09:57, par Ricardo Adjatan En réponse à : Nait-on bon communicateur, ou le devient-on ?

    je pense c’est important de bien communiquer.Une meilleure communication peut participer à créer de meilleures relations.Se faire comprendre peut éviter des conflits inutiles.